POITOU-CHARENTES. Les sondages avaient raison : Ségolène Royal conserve son fauteuil de présidente de Région en passant largement la barre des 60% de suffrages.

« Notre capacité de résistance a été reconnue », a lancé hier soir Ségolène Royal. (photo Tadeusz Kluba)
Non seulement Ségolène Royal a remporté hier une incontestable victoire, mais elle est parvenue, dans la foulée, à inventer la machine à remonter le temps.
En effet, au même lieu - les salons de Blossac, à Poitiers -, à la même heure qu'il y a six ans, elle est arrivée, radieuse, pour dire son bonheur et essayer d'être la première parmi les gagnants du jour à expliquer pourquoi et comment les régions étaient demeurées dans le giron de la gauche. Seule, sa tenue différait : à la veste blanche immaculée de 2004 avait succédé hier soir une veste rose sur une stricte robe noire.
Ce qui est certain, c'est que les cris de joie des supporters étaient aussi forts, les applaudissements aussi assourdissants, alors que les résultats s'affichaient sur d'immenses écrans télé.
À son arrivée, Ségolène Royal a dû ressentir un grand frisson en constatant que micros et caméras étaient là en nombre. Quasiment autant que lorsqu'elle était en lice pour la course à l'Élysée... Durant dix minutes, la présidente du Conseil régional a lu un discours particulièrement pesé dont l'essentiel a été consacré à parler de politique nationale. Un élément important, d'autant plus qu'elle est parvenue, à 20 h 07, à prendre la parole avant quantité de leaders socialistes... dont Martine Aubry.
Prochaine étape
Après les remerciements aux électeurs pour leur vote « d'espérance », après un salut à l'adversaire, Mme Royal a aussitôt regardé vers le « gouvernement de M. Sarkozy », estimant que dans les urnes, les régions avaient « tenu avec force leur rôle de rempart contre les effets d'une politique inefficace et injuste ». « Notre capacité de résistance a été reconnue », a-t-elle poursuivi, s'adressant à celui qui l'a battue en 2007 : « Le président de la République et son gouvernement doivent comprendre que leur politique épuise la France et que les Français n'en veulent plus ».
Retour au pays
C'est de façon fort maligne qu'évoquant l'avenir et « une vie qui aurait le droit de s'appeler vie et pas seulement survie » qu'elle est revenue sur les dossiers régionaux auxquels, dès aujourd'hui, elle compte bien s'atteler. Heuliez, d'abord, qui lui a permis de tomber à bras raccourcis sur « un gouvernement qui vient de lancer les États généraux de l'industrie et ne trouve pas 20 millions d'euros pour la voiture électrique, là où la région en a apporté 5, alors que des milliards ont été déversés sur les banques ».
Dans la foulée, c'est de la meurtrière tempête Xynthia dont elle a longuement parlé. Un sujet sur lequel Dominique Bussereau et ses troupes l'ont cherchée durant la campagne. Ils ont eu en retour la monnaie de leur pièce lorsque Mme Royal a fait allusion aux promesses de l'État, aux deux visites de M. Sarkozy et à celles de nombreux ministres. « Si ces promesses ne sont pas rapidement concrétisées, on aura la preuve que seule la mise en scène de la détresse a motivé ces déplacements dont le seul coût en hélicoptères et jets privés dépasse aujourd'hui le montant des aides qui ne sont pas arrivées ! », a-t-elle accusé.
Une citation qui risque de faire quelques bruits dans le Landerneau politique et qui prouve qu'avec cette réélection au-delà des 60 %, Ségolène Royal entend traiter d'égal à égal avec l'hôte de l'Élysée.
« Ici, nous construisons envers et contre tout la République du respect », a conclu Mme Royal sous les vivats et les cris de « Ségolène présidente ». Ce n'est sûrement pas à la seule région que songeaient à cet instant ses partisans, dont l'un, incongru, affichait fièrement sur sa poitrine un badge du poing et de la rose.
Ne restait plus que laisser place à la fête.
Source : SUDOUEST.com
Auteur : patrick guilloton







